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Les présidents du Collège des médecins du Québec et de l’Ordre des pharmaciens du Québec <br>DR MAURIL GAUDREAULT ET M. BERTRAND BOLDUC

Annabelle-Baillargeon.gif#asset:9866:urlpar Annabelle Baillargeon, Directrice adjointe, Service des communications et des partenariats stratégiques

Lorsqu’on parle de collaboration interprofessionnelle avec les infirmières auxiliaires, on pense systématiquement aux infirmières. Pourtant, les membres de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ) travaillent de pair avec une foule d’autres professionnels. La pandémie aura permis d’accentuer ce travail d’équipe, en plus de le consolider. Pour apporter un nouveau regard sur la collaboration au sein de l’équipe interdisciplinaire, l’OIIAQ s’est entretenu avec les présidents du Collège des médecins du Québec (CMQ) et de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ).

Au cours des dernières années, plusieurs efforts ont été déployés pour favoriser l’intégration des infirmières auxiliaires dans plusieurs milieux, notamment dans les pharmacies communautaires et au sein des groupes de médecine de famille (GMF). Selon vous, cette intégration s’est-elle bien passée et pouvez-vous nous donner quelques exemples qui en font la démonstration ?

Bertrand Bolduc : « En pharmacie, nous avons toujours eu la présence d’infirmières et plus récemment d’infirmières auxiliaires. Elles jouaient souvent plus le rôle d’assistante technique en pharmacie. Depuis la publication récente du guide des Activités professionnelles de l’infirmière auxiliaire en pharmacie, c’est encore plus attirant pour les pharmaciens de travailler avec les infirmières auxiliaires.

Par ailleurs, depuis que les pharmaciens peuvent vacciner, ils peuvent le faire en collaboration avec les infirmières auxiliaires. Je pense que toutes les pharmacies aimeraient en compter dans leurs équipes ! Il ne faut toutefois pas dégarnir le système de santé des infirmières auxiliaires pour les déplacer à d’autres endroits. On a un beau problème en ce qui les concerne, tout le monde en voudrait un peu plus partout et il en manque. Il faut en former plus, que celles qui avaient abandonné reviennent, que celles qui sont à temps partiel en fassent un peu plus. La profession n’a jamais été aussi valorisante. Ça se passe très bien. »

Dr Mauril Gaudreault : « Ça se passe bien aussi dans plusieurs milieux de soins, notamment dans les groupes de médecine de famille. Leur contribution dans l’évaluation du patient optimise assurément l’efficience des soins. Leur intégration a été positive notamment dans les unités de médecine de famille, les groupes de médecines de famille ou les cliniques privées, pour lesquelles je travaillais par exemple dans les années 2000. Il y avait une contribution importante des infirmières auxiliaires.

Souvent on pense à la collecte des données et la prise des signes vitaux, mais elle va au-delà de ça. Les infirmières auxiliaires participent également à la décision concernant la conduite à tenir dans le plan de traitement. Depuis les 10-15 dernières années, les infirmières auxiliaires se sont intégrées dans divers milieux de soins, dont les GMF ou les unités de médecine de famille auparavant. »

Comment décrivez-vous cette collaboration interprofessionnelle entre vos professionnels et l’infirmière auxiliaire ?

Dr Mauril Gaudreault : « Je pense que la collaboration entre les professionnels et les infirmières auxiliaires se passe bien. De manière plus précise, concernant leur implication dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et des résidences pour personnes âgées avec la présence du médecin de famille et du gériatre, je pense que la contribution et l’interdisciplinarité sont encore plus importantes. Dans mon expérience personnelle, j’ai été pendant 40 ans médecin de famille. Pendant une bonne partie de ma pratique, j’allais en CHSLD et la collaboration et la relation avec les infirmières auxiliaires étaient bénéfiques. »

Bertrand Bolduc : « Je pense qu’avec la pandémie, on s’est aperçu que tout le monde pouvait aider et en faire plus. On a éliminé des barrières. Qui aurait dit qu’un vétérinaire aurait pu injecter un vaccin à un humain ! Dans ce contexte-là, quand on arrive avec des infirmières auxiliaires, on s’aperçoit qu’elles peuvent déjà faire tout ça ! Je pense que ça a ouvert les yeux à plusieurs pour réaliser que nous avions tout ce bassin de professionnelles que nous n’utilisions peut-être pas à fond.

Maintenant nous le faisons et c’est beaucoup plus rapide puisque la formation est là. Comme le mentionnait Dr Gaudreault, lorsque sont arrivés les nouveaux 10 000 préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés (RPA) ou les ressources intermédiaires (RI), ils ont été orientés par les infirmières auxiliaires. Elles leur présentaient les patients et leur montraient les façons de faire. 

On a un nouveau regard sur la profession qui a été catalysée par la pandémie et l’arrivée de plein d’autre monde qui avait beaucoup bonne volonté à en faire plus. »

Dr Mauril Gaudreault : « Effectivement, on a une meilleure compréhension de leurs compétences et de leur champ d’exercice et conséquemment, une meilleure utilisation de celles-ci. Ça a été accéléré par la pandémie. On compose désormais avec une meilleure reconnaissance et utilisation de leurs ressources, de leurs compétences et de leurs connaissances pour leur permettre de jouer pleinement leur rôle au sein de l’équipe. »

La pandémie a accentué l’importance du travail interdisciplinaire. Comment croyez-vous que cette crise transformera le travail de l’équipe de soins dans l’avenir ?

Dr Mauril Gaudreault : « Je ne vois pas comment nous pourrions revenir en arrière. Je vais être un apôtre de ça et je vais essayer, avec M. Bolduc et d’autres présidents, de convenir de ce qu’on fait après la pandémie par rapport aux actes qui ont été délégués de façon exceptionnelle au cours de la dernière année notamment. Je vais continuer de travailler avec les divers professionnels pour lesquels nous avons reconnu davantage leurs compétences et leurs connaissances et donc mieux utiliser leur champ d’exercice.

Le défi pour moi sera de travailler plus en équipe. On parle beaucoup de collaboration interprofessionnelle depuis bien des années. Celle entre les ordres se déroule bien. Sur le terrain, j’appelle ça l’interdisciplinarité et ce n’est pas si évident, c’est plus difficile. »

Bertrand Bolduc : « Je suis tout à fait d’accord, avec la pandémie, on a vu comment le système a besoin des infirmières et des infirmières auxiliaires. Pendant cette crise, je crois que les gens ont travaillé plus étroitement ensemble. Ils ont appris à se connaître et connaître le champ d’exercice des autres. Il faut travailler en équipe maintenant. Les patients ont vu ce que tout le monde peut faire de plus et ils n’accepteront pas de ne plus avoir accès à ces soins. Ça sera tout un défi de ressources humaines. »

Plusieurs professionnels ont vu leur champ d’exercice s’élargir avec les nombreux arrêtés ministériels et les ententes entre les différents ordres professionnels. Avec votre collaboration, les infirmières auxiliaires ont eu l’occasion d’avoir davantage d’autonomie (vaccination, ordonnance collective, etc.) dans le cadre de leur travail au cours des derniers mois. Comment voyez-vous ces avancées pour la profession et la population ?

Dr Mauril Gaudreault : « Cela a optimisé la qualité des soins, leur accessibilité et tout ça dans l’intérêt du patient. On n’a jamais autant parlé de l’intérêt du patient que depuis 15 mois. L’accès aux soins sera aussi notre grand défi après la pandémie. L’apport des infirmières auxiliaires à ce sujet a permis de grandes avancées à mon avis. »

Bertrand Bolduc : « Je pense que les gens le reconnaissent de plus en plus. J’ajouterais que dans toutes les professions, incluant la nôtre, il y a des gens qui hésitent à pratiquer pleinement leur champ d’exercice. Si l’infirmière auxiliaire pouvait faire l’ensemble de son champ d’exercice actuel, sans même en ajouter, nous n’en aurions pas besoin de 2 500 de plus, ce serait 10 000 de plus ! Il faut que chaque profession aille au maximum.

On est chanceux, on a le CMQ qui démontre énormément d’ouverture avec de nombreuses professions. Maintenant, il faut le faire. En pharmacie, ça veut dire que l’infirmière auxiliaire peut faire beaucoup de choses. On peut penser à l’administration de médicaments sous-cutanée ou intramusculaire,  la prise des signes vitaux, la collecte de données, la contribution à l’évaluation.

EN SAVOIR PLUS
L’infirmière auxiliaire est amenée à collaborer avec une foule de professionnels. L’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires se fait un devoir de bien outiller ces dernières pour qu’elles puissent maîtriser pleinement leur champ d’exercice dans tous les milieux où elles peuvent contribuer. Depuis les derniers mois, de nombreux documents ont été déployés sur le site de l’Ordre pour décrire les activités professionnelles en lien avec chaque secteur. De manière plus précise, pour en savoir plus sur le rôle de l’infirmière auxiliaire dans les groupes de médecines de famille ou les pharmacies, vous pouvez consulter ces deux outils disponibles en ligne sur les activités professionnelles.

Je vois un futur assez reluisant pour la profession et des possibilités quasi infinies. Pour quelqu’un qui veut entrer dans le système de santé avec une bonne formation, il peut jouer un rôle très important qui fait la différence pour les gens. »

Dr Mauril Gaudreault : « Je suis content d’entendre ça, évidemment le Collège a montré une grande ouverture à partager différents actes avec d’autres professionnels. Un ou une professionnel qui devient plus autonome, ça s’accompagne de responsabilités plus grandes aussi. Pour y arriver, il faut par exemple que la relation avec les médecins et les infirmières auxiliaires soit plus grande pour travailler en équipe. »

Quels ajouts ou bonifications au champ d’exercice de l’infirmière auxiliaire croyez-vous qui seraient bénéfiques pour améliorer l’efficience du réseau dans la dispense de soins sécuritaires et de qualité ?

Dr Mauril Gaudreault : « Nous avons présenté un mémoire concernant la nomination et le mandat des coroners, dans lequel nous proposions l’idée que les infirmières auxiliaires puissent effectuer un prélèvement à la demande d’un coroner. C’est un exemple d’avancée possible, toujours au bénéfice du public. 

L’application d’une ordonnance collective fait aussi partie des éléments relativement nouveaux pour les infirmières auxiliaires et cela a été fait en collaboration avec l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et l’Ordre des pharmaciens du Québec. »

Bertrand Bolduc : « Plusieurs choses peuvent être faites. Il faut d’abord prendre le plein champ d’exercice et cela mènera inévitablement à d’autres avancées par la suite. L’infirmière auxiliaire qui travaille en pharmacie peut effectuer une foule d’activités. Quand on regarde le Guide produit par l’OIIAQ, si elle pouvait tout faire ce qui y est inscrit, ce serait déjà un très bon début ! »

Dr Mauril Gaudreault : « C’est la même chose pour le Guide d’intervention de l’infirmière auxiliaire lors des chutes. Plusieurs ne savaient pas tout ce que pouvaient faire ces intervenantes de première ligne. Elles sont importantes ! 

On peut aussi penser à l’enquête menée avec l’OIIQ et l’OIIAQ sur les CHSLD pendant la pandémie qui aura eu un grand impact pour le travail d’équipe qui s’est avéré très positif. »

Comment nos ordres pourraient-ils travailler ensemble davantage selon vous ?

Dr Mauril Gaudreault : « Nous pourrions penser à mettre sur pied des réunions statutaires. Je sais qu’il existe différents comités conjoints, mais il serait intéressant de créer une structure plus formelle entre présidents aussi pour échanger sur les divers enjeux de santé et aller au-delà de ce qui se discute dans les comités. »

Bertrand Bolduc : « Que ce soit avec le CMQ, l’OIIQ ou l’OIIAQ, on se connaît depuis plusieurs années et c’est beaucoup plus facile maintenant comme on se côtoie régulièrement. Il s’agit maintenant de voir comment cette collaboration peut se faire avec les équipes sur le terrain aussi. »

Plus de questions

  • Quel est votre trio gagnant ?

    Bertrand Bolduc : « Ce n’est pas un trio, mais ça prend une équipe au complet ! Ça prend un centre, deux alliés, deux défenseurs, un gardien, les Canadiens l’ont bien démontré au cours des séries ! Dans nos équipes, c’est encore plus vrai que ce soit le médecin, le pharmacien, l’infirmière, l’infirmière auxiliaire, le travailleur social, le psychologue, le sexologue, l’équipe c’est beaucoup plus qu’un trio maintenant ! »

    Dr Mauril Gaudreault: « C’est vrai qu’il faut être un joueur d’équipe dorénavant pour pratiquer nos professions, c’est l’avenir ! »

  • Si vous étiez un superhéros, quel serait votre pouvoir spécial ?

    Dr Mauril Gaudreault : « Le pouvoir de rassembler pour atteindre le meilleur réseau possible et les meilleurs soins pour la population. »

    Bertrand Bolduc : « J’aimerais pouvoir lire dans les pensées, surtout des patients, mais aussi pour mieux se comprendre ! »

  • En trois mots, comment décrivez-vous la collaboration interprofessionnelle ?

    Dr Mauril Gaudreault : « Travailler dans l’intérêt du patient ».

    Bertrand Bolduc : « Confiance, communication et respect ».


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