La prévention, le dépistage et les traitements

Les infections transmises sexuellement et par le sang

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Les infections transmises sexuellement, un sujet encore tabou ou méconnu pour plusieurs professionnels. Où en sommes-nous en 2019 ? Le milieu évolue constamment et le raffinement pharmacologique ne cesse de s’améliorer. L’hépatite C se guérit en trois mois et, sur la scène internationale, la bithérapie fait son entrée pour soigner le VIH. Nous constatons le vieillissement de la population séropositive et même, la fin d’une épidémie ici au Québec.

Gengis-Grenier.png#asset:14578par Gengis Grenier, Infirmier de recherche à la Clinique de médecine urbaine du Quartier latin.

Lisez attentivement cet article que vous propose le Service du développement professionnel de l’OIIAQ, puis mesurez l’acquisition de vos nouvelles connaissances en répondant au questionnaire sur le site web oiiaq.org, dans le Portail de développement professionnel

Les infirmières auxiliaires qui répondront au questionnaire se verront reconnaître une heure de formation continue.

Des frais de 25 $ taxes en sus devront être acquittés en ligne. Les questionnaires et les chèques reçus par la poste seront refusés.

Malgré les progrès, des défis demeurent : la sensibilisation de la population, la formation continue des professionnels de la santé, la peur du jugement de la clientèle, l’approche interculturelle et intergénérationnelle. 

Nous en sommes là : nous baignons dans une science médicale où nous guérissons la plupart des ITSS et où nous contrôlons bien le VIH, mais le jugement populaire et l’ignorance sont encore chose commune. Ce portrait se traduit dans notre univers de travail. Les professionnels, comme les infirmières auxiliaires, font la différence dans notre milieu d’expertise, grâce à leur approche positive qui incite les patients à parler ouvertement de leur sexualité, sans stigmatisation. 

Contribution de l’infirmière auxiliaire en santé sexuelle

L’infirmière auxiliaire contribue grandement à nos équipes médicales pour la prestation des soins en santé sexuelle. La collecte de données par le biais de questionnaires, la prise de signes vitaux, l’administration d’antibiotiques et de vaccins, la coordination des rendez-vous médicaux, les prélèvements sanguins, la distribution de condom, etc., sont des actes qui sont également exercés par des membres de l’OIIAQ dans notre milieu professionnel. La compréhension, une attitude positive et l’absence de jugement font la différence auprès de notre clientèle. Pour notre part, nous soulignons l’effort de nos infirmières auxiliaires au sein de notre équipe, dont la contribution est devenue essentielle dans notre lutte contre le VIH. 

Les ITSS - nouveautés en résumé

Les hépatites virales 

Les hépatites A, B et C sont des inflammations du foie causées par des infections virales.

L’hépatite A se prévient entre autres avec le vaccin Vaqta. Dans la majorité des cas d’infection à l’hépatite A, le corps se débarrasse du virus sans traitement et s’immunise pour éviter une réinfection.

L’hépatite B se prévient également avec un vaccin, Engerix. En cas d’infection à l’hépatite B, le corps se débarrasse seul du virus en s’immunisant contre celui-ci dans la plupart des cas. Cependant, il arrive que le corps ne puisse pas se débarrasser du virus de l’hépatite B, imposant ainsi un traitement. On parlera alors d’infection chronique.

Depuis 2015, l’hépatite C (VHC) se guérit en plus ou moins trois mois de traitements ici au Québec. 

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Malgré les progrès, des défis demeurent : la sensibilisation de la population, la formation continue des professionnels de la santé, la peur du jugement de la clientèle, l’approche interculturelle et intergénérationnelle.

Auparavant, les traitements avec l’interféron s’échelonnaient sur six mois et ne garantissaient pas une guérison. Dans les cas d’infection à l’hépatite C, environ 15 % des personnes infectées se débarrassent du virus sans traitement. Cela ne les immunise toutefois pas contre une deuxième infection, contrairement à l’hépatite A et B. 

En ce qui concerne l’hépatite C, il est important de connaître la charge virale du virus et son génotype par le biais de prises de sang. Il existe plusieurs souches, ou génotypes du virus de l’hépatite C. Les génotypes sont classés d’un à six. Ces génotypes peuvent également être divisés en sous-types, tels que le génotype 1A ou 4D .

En revanche, un patient atteint de l’hépatite C avec génotype 1A, sans cirrhose hépatique et n’ayant jamais reçu de traitement contre l’hépatite C, serait potentiellement un candidat pour recevoir Zepatier; un traitement antiviral oral quotidien pris pendant trois mois. Le patient aura donc de 90 % à 100 % de chance de guérir son hépatite C. 

L’hépatite C se dépiste, se traite et se guérit maintenant. Les traitements varient selon la condition cirrhotique du foie, le stade de fibrose, le génotype viral, l’exposition à des traitements anti-VHC antérieur, des échecs à des traitements antérieurs et au nombre de fois que le patient s’est infecté à l’hépatite C. 

Depuis un an, nous voyons apparaître sur le marché les traitements anti-VHC pangénotypiques. Ces traitements sont offerts aux patients sans égard aux génotypes, ce qui est très nouveau dans le domaine de l’hépatite C. 

L’infection à la gonorrhée et à la chlamydia

La gonorrhée et la chlamydia sont souvent des infections asymptomatiques. Des traitements antibiotiques plus précis sont recommandés selon les sites d’infections (gorge, anus, urètre, urine, col utérin ou vaginal) et le type d’infection. De plus, les outils de diagnostics de microbiologie peuvent faire état du profil de résistance aux antibiotiques de l’infection gonococcique. Cela permet au professionnel d’être plus éclairé quant à l’antibiothérapie à prescrire.

Un contrôle de dépistage est recommandé quelques semaines après la fin de l’antibiothérapie afin de confirmer la guérison à la gonorrhée. Nous sommes également tenus de dépister et traiter les partenaires des patients infectés dans la mesure du possible. Les antibiotiques les plus souvent utilisés en combinaison variable selon le ou les types d’infections et leur site d’infection sont l’azithromycine, la ceftriaxone et la doxycycline.

La syphilis

Plusieurs microbiologistes considéraient la syphilis comme une maladie ancienne, éteinte et disparue au Québec, depuis plus d’une décennie. La syphilis a fait son retour depuis les années 2000 auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. L’incidence de la syphilis est maintenant répandue au sein de toute la population. 

L’infection est souvent asymptomatique et son traitement est simple : deux injections intramusculaires de pénicilline. En cas d’allergie, un traitement à la doxycycline BID durant 21 jours sera requis. Il faut surveiller la guérison sur plusieurs mois avec des prises de sang. Il n’est pas rare de voir des cas de réinfection.  

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VIH

Après l’épidémie des années 80 au Québec, les nouvelles infections au VIH ont considérablement diminué dans la province. En 2016, l’Institut national de santé publique (INSPQ) rapportait 294 nouveaux cas d’infection au VIH, représentant ainsi moins d’un nouveau cas par jour pour l’ensemble du territoire. Cette situation est attribuable à plusieurs facteurs, notamment la prévention et les traitements. 

En matière de prévention, les populations à haut risque d’infection au VIH se voient prescrire un traitement prophylactique pré-exposition à base de deux molécules antirétrovirales : le Truvada. 

Au sujet du traitement, la trithérapie et la bithérapie antirétrovirale ont fait leurs preuves. Des prises de sang sont recommandées avant d’entreprendre un traitement anti-VIH, pour déterminer la charge virale du virus, le dénombrement des cellules CD4 et le génotype du virus. Ces paramètres permettent au professionnel d’être plus éclairé face aux choix des antirétroviraux à prescrire. 

Ces combinaisons d’antirétroviraux permettent aux porteurs du VIH de rendre leur charge virale indétectable, ce qui diminue considérablement les probabilités de transmission. Par exemple, plusieurs couples sérodiscordants (couple composé d’une personne infectée au VIH avec une personne non infectée au VIH) ont des rapports sexuels non protégés sans s’infecter. Les femmes séropositives adhérant à un traitement spécifique recommandé en gestation peuvent dans une bonne majorité des cas avoir des enfants sans leur transmettre le virus. 

Nous sommes à une époque où le VIH est une maladie chronique. La population séropositive vieillit tout comme l’ensemble de la population et peut depuis très peu se procurer des assurances vie. Le défi des personnes séropositives demeure donc d’affronter le jugement et la peur des autres. Pour les professionnels de la santé, le défi s’inscrit plutôt dans l’évaluation et l’interaction des antirétroviraux avec les autres classes de médicaments chez la population séropositive vieillissante.

Au plan légal

Une personne séropositive au VIH est dans l’obligation légale de divulguer son statut sérologique avant d’avoir des rapports sexuels non protégés. Quant à la jurisprudence, il n’est pas rare de voir devant les tribunaux des accusations de voie de fait grave et d’agression sexuelle grave chez les personnes séropositives n’ayant pas divulgué leur statut sérologique avant les rapports sexuels. Il est donc important pour une personne séropositive de divulguer son statut à son ou ses partenaires avant les rapports sexuels. Notez que le risque de transmission est diminué lorsque la charge virale du virus est indétectable. 

Le site internet CATIE, une source d’informations relatives au VIH, cite des jugements de la Cour suprême du Canada :

Une personne vivant avec le VIH n’a pas l’obligation de dévoiler sa séropositivité avant d’avoir un rapport sexuel vaginal si un condom est utilisé et que la personne séropositive a une charge virale « faible » au moment du rapport sexuel. Dans l’une des deux décisions de 2012, la Cour suprême du Canada a conclu qu’une charge virale de 1 500 copies ou moins de virus par millilitre de sang représente une charge virale « faible » (ce qui inclut toute personne ayant une charge virale indétectable). Nous ne savons pas encore si le nombre 1 500 sera utilisé comme seuil pour définir ce qu’est une charge virale « faible ». Il est donc important de vous assurer d’avoir en main l’information la plus à jour.

Une personne vivant avec le VIH a l’obligation juridique de dévoiler sa séropositivité avant d’avoir :

  • une relation sexuelle vaginale, frontale ou anale sans condom, peu importe sa charge virale, ou
  • une relation sexuelle vaginale, frontale ou anale lorsque sa charge virale est plus élevée que « faible », peu importe si les rapports sexuels sont avec ou sans l’usage d’un condom.

Relation sexuelle frontale

Tel que défini par le site CATIE : « les relations sexuelles frontales sont connues plus couramment sous le nom de relations sexuelles vaginales. C’est un terme qu’emploient parfois les hommes trans qui se sentent plus à l’aise d’utiliser ce langage. »

L’herpès

Il existe deux types d’infection au virus simplex de l’herpès (VSH) : le type un et le type deux. Le type un touche plus souvent la région de la bouche et le type deux, les organes génitaux. Les épreuves diagnostiques peuvent être effectuées selon le contexte clinique avec des prises de sang et des cultures de microbiologie. Le Valtrex est un traitement antiviral répandu pour traiter les épisodes symptomatiques. Le virus de l’herpès ne se prévient pas avec la vaccination et ne se guérit pas avec un traitement. Le porteur du VSH le demeure à vie. 

Obligations légales

Nous voyons les premiers cas de jurisprudence dans les cas de transmission du VSH devant les tribunaux. Par exemple, le célèbre chanteur Usher fait face à la justice américaine pour avoir, selon les accusations, transmis le VSH à quelques partenaires. 

Le virus du papillome humain

La famille des virus du papillome humain (VPH) englobe plus d’une centaine de virus, dont plusieurs étant cancérigènes. Plusieurs types peuvent occasionner des condylomes ou d’autres infections, risquant d’évoluer en cancer. Neuf de ces virus cancérigènes peuvent être prévenus par la vaccination : Gardasil-9. En cas d’apparition de verrues génitales, des traitements peuvent s’imposer.
La cryothérapie, l’acide trichloracétique, crème aldara, condyline, l’électrocoagulation et voir même le traitement au laser, peuvent servir pour se débarrasser des verrues. Ceci dit, la plupart des traitements sont douloureux et ne garantissent pas la guérison ou
la réapparition des verrues génitales.  

Ne pas oublier

Le condom est encore à ce jour le meilleur outil pour prévenir toutes les ITSS confondues.

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Références

CATIE. La source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C, [En ligne], 2018, [https://www.catie.ca/fr/accueil], 
(Consulté le 1er novembre 2018).

CATIE. Pré-fix : Un guide à l’intention des personnes vivant avec l’hépatite C ou le VIH qui s’injectent des drogues, [En ligne], 2018,
[https://www.catie.ca/fr/guides-pratiques/prefix/9], (Consulté le 1er novembre 2018).

INSTITUT NATIONAL D’EXCELLENCE EN SANTÉ ET EN SERVICES SOCIAUX. Guides sur le traitement pharmacologique des ITSS, [En ligne],
[https://www.inesss.qc.ca/nc/publications/publications/publication/guides-sur-le-traitement-pharmacologique-des-itss-mise-a-jour-de-certains-guides.html], (Consulté le 1er novembre 2018).

INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC. Guide québécois de dépistage des ITSS, [En ligne], 2017,
[https://www.inspq.qc.ca/espace-itss/guide-quebecois-de-depistage-des-itss], (Consulté le 1er novembre 2018).


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